Épinglage - 07/02/2026 cours 1, Alfredo Zenoni
- 2 mars
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Lacan a mis en évidence, dans la continuité de la découverte freudienne, que les conditions d’“être parlant” ne supposent pas seulement la prééminence du langage et de ses articulations mais ont aussi comme conséquence, l’émergence d’une satisfaction étrange, contradictoire en elle-même, inconnue de la nature, n’ayant rien à voir avec la satisfaction des besoins de l’organisme en tant que cause ou motivation de sa conduite. Après Freud et Lacan, il est apparu que cette immersion dans le langage, la culture, la “civilisation”(pour citer Freud) n’entraîne pas seulement l’existence de la pensée, de la logique, du savoir de la science mais entraîne aussi un mode d’éprouvé, de sentir, de se satisfaire, de “vouloir” que Freud a appelé “libido” et que Lacan appellera “désir” et plus tard “jouissance”.
Cette libido, conséquence du signifiant, n’est pas régulée par un schéma instinctif, programmé par la biologie mais va devoir trouver une forme de régulation dans la condition même qui le provoque, à savoir, dans le signifiant. Cette régulation est celle qui s’effectue par une connexion, par la jonction entre signifiant et libido au niveau d’un signifiant spécial, le “phallus”. […] Cette connexion grand Phi a pour conséquence que d’une part, la jouissance est négativée et que d’autre part, du côté du signifiant, il y a du vivant qui est le désir. Il arrive que ce raccord Phi ne soit pas opérant et que le sujet soit confronté à la disjonction entre ces deux dimensions de l’être (signifiant et libido). Le sujet peut alors être confronté aux deux dimensions mais d’une manière disjointe ; du côté du signifiant, c’est mort, pas de vivant, vide de désir et sur le versant de la libido, le sujet a affaire à une jouissance invasive, contre laquelle il doit trouver des mesures d’effacement ou de défense. Il peut également avoir affaire aux deux à la fois mais disjoints. A. Zenoni a étayé cette déclinaison de défauts de connexion par différentes vignettes cliniques très éloquentes.
La dissociation des deux dimensions peut ne pas donner lieu à l’élaboration d’une connexion alternative, à une élaboration délirante. C’est-à-dire qu’elle peut être vécue sur ces deux versants dissociés sans entraîner le déclenchement d’une psychose. En l’absence d’une circonstance déclenchante qui sollicite cette connexion, le sujet peut vivre dans la vie quotidienne, dans une perplexité fondamentale qui est compensée par des identifications.
Troisième possibilité, le sujet se met dans la condition de subir l’élaboration d’une connexion alternative à celle de grand Phi entre les deux versants, c’est-à-dire d’élaborer ce que Freud a appelé une “tentative de guérison”, comme dans le cas du Président Schreber; tentative de guérison alternative chez Schreber, largement déployée par A. Zenoni lors de ce dernier cours.
Lacan développe en quelque sorte, en trois temps cette connexion qui n’est pas inscrite dans la nature, dans la biologie et qui est plus ou moins (ou pas) transmise dans le bain de langage dans lequel l’individu vient au monde.
*D’abord, le temps de la connexion phallique : Le grand Phi qui est évoqué dans “La question préliminaire”, comme ce qui fait défaut à Schreber. En même temps qu’il évoque une connexion alternative, de suppléance, dans une interprétation non phallique de cette connexion signifiant/jouissance qui finit par revivifier Schreber. Ce dernier guérit finalement de ce premier temps de mort qu’il a connu dans sa crise.
*Deuxième temps : Où les choses sont plus compliquées et plus articulables au niveau de la thérapeutique. Celui de l’introduction de “l’objet a” isolé comme une chute de la libido qui, n’étant pas extrait, comme dit Lacan dans la Note, fait retour dans le réel mais qui, du fait même peut, par des créations artistiques, le choix d’une profession…, constituer une connexion de la libido et du signifiant qui ne soit pas incompatible avec l’insertion dans le discours. C’est dans ce cadre qu’A. Zenoni évoquait la situation paradigmatique de Martin qui tente de localiser l’objet “voix” avec la production d’un sonogramme, et ce, d’une façon qui soit compatible avec le lien social, le semblant. Ce sonogramme constitue pour Martin une néolocalisation de l’objet qui opère une forme de connexion entre libido et signifiant, qui supplée à celle qui n’est pas opérante et peut se raccorder au discours.
*Troisième temps : celui du nœud borroméen comme tentative de connexion de la libido au signifiant. Lacan conçoit les trois registres de l’Imaginaire, du Symbolique et du Réel noués à trois (mais dénoués si on les appréhende deux à deux). Il précise finalement que ce nœud borroméen n’a lieu pour personne. Tout le monde a besoin d’un quatrième rond de ficelle que Lacan appelle “sinthome” et qui peut connecter l’Imaginaire, le Symbolique et le Réel de la libido, permettant une insertion dans le discours.
Epinglage effectué par Sophie Boucquey, participante à la Section clinique de Bruxelles, avec la contribution d’Alfredo Zenoni.




