Épinglage - 07/03/2026 cours 2, Bruno de Halleux
- 5 avr.
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Dans son cours, Bruno de Halleux est parti du cas d’Andy Warhol pour illustrer le concept d’« atopia », l’absence de catégorie. Il a ensuite repris les thèses de Freud et Lacan sur l’homosexualité au cours des différents moments de leurs enseignements, ce qui lui a permis de dégager ce que Lacan transmet dans sa clinique, dite « borroméenne ». C’est-à-dire une clinique longitudinale, sans catégorie, sans binarisme, puisque le sujet « face à l’absence de rapport sexuel » se voit dans l’obligation de trouver son propre nouage singulier pour faire face à ce non-rapport sexuel.
Ainsi, Bruno de Halleux débute son cours en dépliant le cas d’Andy Warhol présenté par Jean-Pierre Deffieux dans son livre « Mensonges de la culture ». Par ce cas, Bruno de Halleux conclut que « notre folie est notre débrouillardise, elle n’est plus à ranger dans la pathologie déficitaire ». Ce cas de psychose ordinaire, soutient par ailleurs l’adage de Lacan : « tout le monde est fou, c’est-à-dire délirant ». Bruno de Halleux rappelle que chaque sujet est aux prises avec un réel sexuel pour lequel il n’existe pas de mode d’emploi. Ainsi, chaque sujet tente de nouer, à sa façon les trois registres Symbolique, Réel et Imaginaire. Le névrosé est de ce fait, un sujet qui arrive à nouer ces trois registres avec un signifiant particulier que Lacan a épinglé « Nom-du-Père ». Ce signifiant, qui vient dans un premier temps de Freud, avec le complexe d’Œdipe, reste une fiction, un roman paternaliste, un délire parmi d’autres.
Un long chemin a été parcouru au travers du travail de Freud, de Lacan et ensuite et du développement de Jacques-Alain Miller puisque dans un premier temps, avant Freud la psychose était considérée comme un déficit, une anomalie. Freud, avec le président Schreber, montre cependant que la psychose a un sens. Il montre que le délire est moins un symptôme ravageant que la tentative d’un sujet de construire un sens pour colmater sa faille structurale. Le délire, dit Freud, est un mode de guérison (Président Schreber). A la suite de Freud, Lacan réordonne, dans un premier temps, le complexe d’Œdipe avec la métaphore paternelle. Plus tard, il élabore une clinique plus fine, la clinique borroméenne. Ainsi, dans les années 70, Lacan met en lumière qu’il ne s’agit plus d’un binarisme psychose-névrose mais plutôt d’une clinique fluide, sans véritable rupture. Il retire ainsi au signifiant de psychose le poids du déficit ou de la normalité. Cette clinique ouvre à un grand nombre de nouages possibles. Ce qui est neuf dans cet enseignement, c’est de considérer la névrose comme un nouage parmi d’autres. Le nouage Œdipien propre à la névrose vaut alors comme un symptôme, au même titre que n’importe quel autre symptôme. La notion de normalité disparait.
Pour appuyer cet énoncé, Bruno de Halleux reprend un développement sur l’homosexualité au travers du regard qu’en auront Freud et Lacan. Le premier repère pour parler d’homosexualité chez Freud est le complexe d’Œdipe avec les dimensions de « fonction phallique » et de « castration ». À ce moment-là, Freud a l’idée qu’il y aurait une sexualité normale qui est régie par le Complexe d’Œdipe. Dans les cas de résolution habituelles, le garçon va renoncer à ce désir incestueux, s’identifier à la figure paternelle et choisira plus tard une partenaire à l’image de sa mère. Cette construction freudienne est reprise par Lacan qui donne une prévalence à la fonction paternelle. Cette dernière, que Lacan réécrit dans la métaphore paternelle, donne une solution à la place énigmatique que l’enfant occupe dans le désir de la mère. Lacan écrit cette place énigmatique comme un « X ». Ainsi, passer par cette métaphore permet à l’enfant d’entrer dans la signification phallique et de trouver ainsi un sens à ses désirs. Dans ce cas, l’enfant se situe de façon hétérosexuée. Il a un savoir-faire avec l’amour et avec le sexe. Cette vision est idéalisée, une pure illusion d’un Œdipe abouti. Mais il n’y a pas que cela puisque chez Freud et Lacan, le diagnostic de l’homosexualité échappe au diagnostic de perversion. Dans son texte du début du 20e siècle, Freud situe l’homosexualité comme résultant de deux processus, le « déni de la castration » et le « complexe d’Œdipe inversé ».
Dans le déni de la castration, l’enfant s’identifie à une mère phallique. Il choisit le père comme objet d’amour. Le sujet homosexuel passe ainsi du choix du père au choix de l’homme lorsqu’il devient adulte. Il choisit l’homme comme objet d’amour, comme objet de désir. Il choisit comme partenaire un sujet qui est porteur de l’organe phallique.
Lacan reprend dans un premier temps cette thèse de Freud. Il interroge la question des pères dans ces situations là et y voit une autre cause possible de l’homosexualité : un sujet peut s’orienter vers un choix homosexuel à partir du fait qu’il y aurait dans sa famille, un amour excessif du père envers la mère.
Pour développer cela, Bruno de Halleux reprend la définition que Lacan donne de l’amour : c’est « donner ce qu’on n’a pas » et non pas donner ce qu’on a. Pour Jacques-Alain Miller, celui qui aime est marqué par la « castration ». Il est marqué d’un « moins ». Il va chercher chez le partenaire un plus, soit l’objet que Lacan qualifie d’« agalma », le sujet aimant est châtré. Aimer emporte dès lors un paradoxe : aimer l’autre c’est vouloir être aimé en retour, vouloir que l’autre manque, que l’autre soit châtré. Bruno de Halleux reprend l’hypothèse de l’excès d’amour d’un père pour sa femme et l’illustre par la citation de Lacan « pour autant que le père se trouve véritablement aimant à l’endroit de la mère, il est soupçonné de n’en n’avoir pas ». Ainsi, pris sous cet angle du père, ce dont il s’agit pour un sujet homosexuel c’est de savoir si vraiment le père, a le phallus ou ne l’a pas. C’est très exactement ce qui est demandé par l’homosexuel à son partenaire. Il s’agit surtout qu’il montre qu’il en a un, de phallus.
Enfin, Bruno de Halleux reprend ce que Lacan dit de l’homosexualité dans son dernier enseignement. Il souligne que l’homosexualité échappe à toute catégorie, qu’il y a autant d’homosexualité qu’il y a de sujet. Ainsi, tant que l’on se situe dans la logique Œdipienne on peut croire au diagnostic de l’homosexualité, mais dès lors que Lacan promeut la boussole qui va l’orienter, à savoir « il n’y a pas de rapport sexuel », alors le sujet se trouve sans solution toute faite pour savoir comment se débrouiller avec le sexuel, et ce, quel que soit le genre de son partenaire. Avec cette nouvelle boussole du réel, hors de la fonction paternelle et de la fonction phallique, il y a une autre lecture de l’homosexualité possible. Ainsi, avec le déclin du père, chaque sujet se voit mis au défi d’inventer, à sa façon, un bricolage qui lui convient pour résoudre son rapport au sexuel.
Epinglage proposé par Lorraine de Montjoye, participante à la Section clinique de Bruxelles et relu par Bruno de Halleux.




