Épinglage - 08/11/2025 cours 3, Valérie Lorette
- sectioncliniquedeb
- 5 déc. 2025
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Valérie Lorette ouvre son cours à la Section Clinique de Bruxelles en rappelant cette phrase de Freud à propos de l’Homme aux loups : « de la castration il n’en voulut rien savoir au sens du refoulement »[1]. À partir de cette formule, elle explore les difficultés singulières que pose ce cas, notamment autour du nom-du-père et de la signification phallique, et retrace ainsi le fil des élaborations psychanalytiques suscitées par ce patient, de Freud à Jacques-Alain Miller.
Freud, cherchant à soutenir sa thèse de névrose obsessionnelle, reconstruit la névrose infantile de l’Homme aux loups et élabore sa théorie de la scène primitive de façon rétroactive, à partir du célèbre rêve que l’enfant fait vers quatre ans. Il conclut que Sergei Pankejeff présente une reconnaissance ambivalente de la castration, avec deux attitudes opposées mais simultanées. Freud écrit : « il avait reconnu la castration en tant que fait. Il s’était d’abord rebellé, puis il avait cédé; or la seconde réaction n’avait pas supprimé la première [2]». Il distingue ainsi une résistance, relevant de la protestation virile et située du côté d’une position masculine, et une cession, plus passive, relevant d’une position féminine. Cependant, il évoque tout de même le courant « le plus ancien et le plus profond, qui avait simplement rejeté la castration, ce en quoi le jugement sur la réalité de celle-ci ne faisait pas encore question, était certainement encore et toujours susceptible d’être activé [3]». Lacan s’appuiera notamment sur cette citation pour la notion de forclusion.
Lacan reprend ces observations et leur donne une nouvelle orientation. Comme le souligne Valérie Lorette, il s’agit d’abord de déterminer sur quel plan — symbolique ou imaginaire — se situent ces opérations. Dans un premier temps, Lacan distingue l’identification imaginaire à la mère et l’identification symbolique au père. Ce n’est qu’ensuite, en introduisant la bejahung (acte inaugural par lequel un signifiant est inscrit dans le symbolique) et la verwerfung (forclusion) que Lacan va distinguer la position féminine inconsciente (« être une femme ») et la protestation virile moïque du côté de l’imaginaire, permettant de différencier le sujet et le moi.
Au fil du temps, ce binarisme évolue, et ces deux positions (virilité/passivité) viennent se ranger du côté des réponses imaginaires. Quel lien y a-t-il entre la question du père et celle de la castration ? Avec Freud, le rapport est constant : la figure du père est toujours liée à la castration. Lacan le reformule en termes de rapport de causalité : la métaphore paternelle fait du père la cause et de la castration l’effet, le signifiant jouant ce rôle de cause, avant que Lacan n’élargisse plus tard la notion à l’objet a, où la causalité ne se limite plus à l’inscription symbolique du père : elle inclut aussi l’effet du manque constitutif sur le sujet.
Pour Jacques-Alain Miller, l’Homme aux loups dispose d’une fonction paternelle, mais il faut s’interroger sur sa nature exacte. Certains phénomènes — l’hallucination du doigt ou l’épisode du nez — montrent que la signification phallique n’est pas pleinement présente. Autrement dit, il y a bien une fonction du père, mais sans que le signifiant phallique soit effectif. Cela pourrait expliquer pourquoi Freud ne voyait dans l’homme aux loups que des symptômes névrotiques : le père étant omniprésent (les dermatologues, etc.) et Freud n’ayant pas la distinction imaginaire/symbolique, il n’y percevait que la névrose obsessionnelle.
Gil Caroz apporte deux indications pour repérer que le nom-du-père est effectif : il faut qu’il soit pacificateur et qu’il y ait symptôme. Chez l’Homme aux loups, les pères imaginaires opèrent jusqu’à un certain point, mais il n’y a pas de père du côté symbolique capable de pacification.
Valérie Lorette conclut que l’Homme aux loups est le premier cas de psychose ordinaire connu par la psychanalyse, où l’on voit que « un cas est normal jusqu’à ce qu’il ne l’est plus ».
Epinglage effectué par Inès Van Roy, participante à la Section clinique de Bruxelles, avec la contribution de Valérie Lorette.
[1]Freud, S. (1918). Extrait de l’histoire d’une névrose infantile. Dans M. Gardiner (éd.), L’Homme aux loups par ses psychanalystes et par lui-même. Paris : Gallimard.
[2]ibid.
[3]ibid.





