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Épinglage - 06/12/2025 cours 2, Katty Langelez-Stevens

  • sectioncliniquedeb
  • 18 déc. 2025
  • 5 min de lecture

Katty Langelez-Stevens nous a dressé, à la Section Clinique de Bruxelles, le parcours historique d’une fusion et d’une séparation de la schizophrénie et de l’autisme, du début des années 1900 jusqu’à nos jours ! En voici quelques extraits.

Quel est l’enjeu de vouloir nommer différemment schizophrénie et autisme, se demande K. Langelez ? […] « Une polémique a animé la communauté scientifique pendant des années pour savoir si les dingos, en Australie, étaient des chiens ou une espèce à part. En 2020, la question est tranchée : le dingo est un canis familiaris, chien domestique retourné à la vie sauvage…. Quel est l’enjeu de ce conflit taxonomique ? C’est un enjeu de vie ou de mort car le signifiant a bel et bien des effets réels. En effet, si les dingos sont une espèce à part entière, alors cette espèce est en voie de disparition et il y a donc lieu de les protéger malgré sa dangerosité. Mais si les dingos sont des chiens comme les autres ( c’est ce qui a été conclu !), il faut les éliminer car ils sont un danger pour l’homme. Concernant l’autisme, les enjeux diagnostiques sont tout aussi importants. Si l’autisme est une maladie psychiatrique comme la schizophrénie, alors sa prise en charge est psychiatrique et les places d’accueil sont, par conséquent, dans les services psychiatriques, comme cela fut longtemps le cas en France. Mais si l’autisme est reconnu comme une entité à part entière, détachée de la schizophrénie, s’il est génétique, neurologique, et qu’il est le résultat d’une atteinte corporelle irréversible, il n’est pas associé à la subjectivité de la famille, ce qui la libère de la culpabilité d’une part et d’autre part, il donne accès aux soins que la société réserve aux personnes porteuses de handicap et des places s’ouvrent dans des institutions pour personnes en situation de handicap. On comprend l’enjeu vital qui a rendu cette bataille diagnostique acharnée ! E. Laurent fait remarquer dans La bataille de l’autisme, que nous faisons partie d’une génération de psychanalystes, heureusement délivrés de l’hypothèse absurde que la cause de l’autisme est de la faute des parents, et spécialement des mères. Il ajoute plus loin qu’un sujet ne cesse pas d’être un sujet, même si son corps est handicapé. Qu’il y ait du biologique en jeu n’exclut pas la particularité qui se passe de la constitution du sujet, comme être parlant. »

« Par conséquent, y a-t-il à poser un diagnostic pour le psychanalyste ? En psychiatrie, l’intérêt du diagnostic est clairement lié à la question du traitement médicamenteux, d’où l’organisation des DSM consécutifs, guides de prescriptions. En psychanalyse, le diagnostic a un tout autre intérêt. Il permet de cerner dans quel monde de langage on se trouve, comment fonctionne la langue du sujet et cerner son rapport à l’inconscient. […] L’importance de préciser le fonctionnement structural de la langue du sujet se situe dans l’outil de traitement psychanalytique qui est l’interprétation. Autrement dit, comment parle-t-on au sujet que nous accompagnons sur le chemin de sa subjectivité ? Il est important de connaître le lieu duquel nous parlons, celui qu’occupe le sujet, celui auquel il nous place et à partir duquel nos interventions porterons. Donc, au-delà du diagnostic de structure, il y a le diagnostic singulier qui ne peut être posé qu’à partir de notre apprentissage de la langue du sujet. »

« Robert Lefort crée en 1969, avec Maud Mannoni, l’Ecole expérimentale de Bonneuil, constituée sur le modèle de l’institution éclatée, suivant les principes de la psychothérapie institutionnelle. Plutôt que de mettre l’accent sur l’institution comme garante de la greffe d’un ordre symbolique par ses règles, ses régularités, son rappel de la loi, il s’agissait de faire fond sur l’événement imprévu, contingent, hors normes.[…] Lacan assurait la supervision du petit Robert que Rosine Lefort suivait et il lui a demandé d’en rendre compte lors de son Séminaire Livre I car ce cas met en lumière ce qui se produit dans la cure lorsqu’elle est orientée par le symbolique auquel le sujet a accès dans un registre plus ou moins halluciné. Lacan qualifie le signifiant “loup” du petit Robert de surmoi, de trognon de la parole, de bout de réel. Le sujet peut être le loup mais le loup peut aussi être n’importe quoi, en tant que ça peut être nommé. C’est au fond l’état nodal de la parole. Le moi du petit Robert est complètement chaotique, la parole est arrêtée mais c’est à partir de ce signifiant “loup” qu’il pourra prendre sa place et se construire. Le “loup” comme acte de parole n’est pas ici articulé à l’échange ; il est l’effet d’une jaculation première sur le corps du sujet. C’est la première version de ce qui donnera le S1, le signifiant tout seul. »

K.L. a ensuite effectué une étude détaillée des différences de conception de J.C. Maleval et d’E. Laurent à propos de l’autisme. Elle a finalement proposé deux schémas L (et deux nœuds borroméens) pour distinguer la schizophrénie de l’autisme (cf. ci-dessous).

*Dans la schizophrénie (1er schéma), l’Autre, affecté d’une forclusion du Nom-du-Père, n’est pas solide, n’a pas la loi mais est présent néanmoins car il vient nommer le sujet. La flèche qui part de l’Autre vers le “Es”(le ça, point de Réel, lieu des pulsions) lui donne un nom. Dans la schizophrénie, cela se constate via la voix : la plupart du temps, des mots injurieux viennent nommer le sujet en direct du grand Autre. Le grand Autre ne nomme pas que le lieu pulsionnel mais aussi l’image dans le miroir, le petit a. Dans la schizophrénie, l’axe imaginaire (a-a’) ne tient pas bien et ne fait dès lors pas obstacle aux ravages de la voix. C’est pour cette raison qu’il est ici représenté par des vaguelettes. L’axe imaginaire n’est pas suffisamment solide pour faire obstacle au Surmoi localisé au lieu de l’Autre. Le moi n’est pas constitué. Ce qui permet de comprendre le nœud borroméen où le rond du Réel (lieu pulsionnel) et le rond du Symbolique (grand A) sont l’un sur l’autre, et où l’imaginaire est un peu présent mais ne noue rien.

*Dans l’autisme, (2ième schéma) il n’y a pas du tout d’axe imaginaire (a-a’), pas même sous forme de vaguelettes. E. Laurent le dit bien : l’autiste doit se débrouiller sans la construction imaginaire, ce qui rend son espace subjectif tout à fait difficile à appréhender. A la place du “Es”, K.L. a dessiné un bonhomme avec un rond, manière avec laquelle une résidente des Ateliers du 94 se représente. Puisqu’il n’y a pas du tout de recours à l’imaginaire, la force des injonctions de l’Autre est encore plus terrible et l’autiste doit s’en défendre en les retournant au grand Autre et en se carapaçant. Le circuit qui passe par les objets (cf. pointillés) est ce qui peut venir à la place de l’axe imaginaire qui fait défaut. Comme nœud borroméen, il n’y a que du Réel et du Symbolique, quasiment l’un sur l’autre car le Réel est le Symbolique au niveau de l’autisme et l’imaginaire est représenté par un petit fil qui ne fait pas rond, ne noue presque rien.


Extraits épinglés par Sophie Boucquey, participante à la Section Clinique de Bruxelles.



 
 

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