Épinglage - 10/01/2026 cours 1, Yves Vanderveken
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Yves Vanderveken a proposé un retour au Séminaire III dans lequel Lacan s’attèle, à la suite de Freud, « à isoler en logique et en structure ce qui fonde la différence entre névrose et psychose, mais aussi à essayer de cerner ce qui permet de poser cette distinction ». On peut, par exemple, isoler ce projet dans la façon dont Lacan nous invite à situer la question du cas Dora, paradigme freudien de la névrose hystérique, pour pointer, à un certain moment de son parcours ce qu’il appelle “un épisode délirant et paranoïaque”. Mais justement, il y fait référence pour démontrer que cet épisode de type psychotique de Dora, n’en fait pas du tout une psychotique parce qu’il n’y a pas de trouble du langage. […] Dans cet épisode, “Dora éprouve à l’endroit de son père à un moment de son parcours, un phénomène significatif, interprétatif voire, hallucinatoire”, mais “qui ne va pas jusqu’à produire un délire. C’est pourtant un phénomène qui est sur la voie ineffable, intuitive, d’imputer à autrui une hostilité et une mauvaise intention”, dit Lacan (Sém. III p. 106).
Y. Vanderveken a élaboré le schéma L de Lacan, comme « signifiant de la condition subjective du sujet en tant que cette condition dépend de ce qui se déroule en l’Autre. Ce qui s’y déroule est articulé comme un discours (l’inconscient est le discours de l’Autre et est structuré comme un langage) dont Freud a cherché d’abord à définir la syntaxe ».
« Le progrès majeur de la psychiatrie, depuis ce mouvement d’investigation qui s’appelle le psychanalyse a consisté, croit-on à restituer le sens dans la chaîne des phénomènes ; ce n’est pas faux en soi, précise Lacan, mais ce qui est faux est de s’imaginer que le sens dont il s’agit, c’est ce qui se comprend ! C’est la fameuse indication que Lacan donne aux psychanalystes et aux cliniciens : “ comprendre les malades est un pur mirage […] Si on prend la psychanalyse comme délivrant le sens des symptômes au sens d’une vérité cachée ou d’une quelconque symbolique du rêve, alors, on rabat la psychanalyse sur une psychologie. Ce n’est pas le mouvement de la psychanalyse”, dit Lacan. »
« Lacan situe la découverte freudienne comme une dimension de “commencement absolu”. Avec Freud, cela n’aboutit pas seulement à la formule que “le rêve vous dit quelque chose” car la seule chose qui intéresse Freud, dit Lacan, c’est l’élaboration ou les mécanismes à travers lesquels le rêve le dit. “Le rêve le dit comme on parle” et cela n’avait jamais été vu auparavant, dit Lacan. […] C’est moins sur ce que le rêve signifie que Lacan met l’accent que sur le travail du rêve en tant que tel. A savoir que le rêve se constitue, se forme et déforme vos pensées dites inconscientes pour qu’elles puissent se dire tout en restant méconnues à vous-même, selon des lois et des procédés qui sont propres au champ où il se dit et se transmet, à savoir le champ de la parole et du langage. Lacan formule que l’inconscient est un langage et répond aux lois de formations du langage, ce qui n’est pas étonnant puisque c’est la matière même de quoi est fait l’aveu dont Lacan parle au regard de l’expérience analytique, c’est-à-dire des mots. Autrement dit, il existe une grammaire de l’inconscient qui répond à une logique dont la linguistique peut nous apprendre quelque chose. »
« Dans la psychose, la structure langagière de l’inconscient n’est pas cryptée par le refoulement comme dans la névrose mais elle est “à nu”, dit Lacan, au plus proche de la structure. Et c’est dans ce Séminaire que Lacan utilise le syntagme “à ciel ouvert” de la structure langagière de l’inconscient. Cette dimension qui fait retour par le refoulé dans la formation de l’inconscient dans la névrose, fait retour dans le réel dans la psychose. Plus loin, Lacan insiste que ce qui distingue la névrose de la psychose, ce ne sont pas les contenus de ce qu’un sujet vous raconte. Les contenus et les significations peuvent absolument être identiques. »
« L’inconscient est dans son fond, poursuit Lacan, structuré, tramé, chaîné, tissé de langage. […] et il prend toute une série d’exemples. Dans le cas de Schreber, le patient indique que les rayons divins sont parlants. Lacan de préciser que le délire de Schreber est, à sa façon, un mode de rapport du sujet à l’ensemble du langage, seulement cet ensemble du langage, Schreber l’appelle Dieu (à la place du grand A sur le schéma L). Là où il faut saisir le phénomène psychotique c’est au niveau du rapport au langage comme tel, au niveau de la phrase et pas au niveau de la signification, précise Lacan (p. 115). Pour Lacan, “le cas Schreber, c’est le texte de Schreber” ».
L’inconscient joue sa partie de façon distincte au niveau de la névrose et de la psychose. Freud en développe un abord simple : une pensée inconsciente est une pensée écartée par l’épreuve que lui fait subir la censure, elle est refoulée (texte “l’inconscient” in Métapsychologie) […] La pulsion - “acéphale”, comme dira Lacan- reste toujours active et le processus de refoulement n’opère pas sur elle. Ce qui est refoulé “c’est la représentation qui la représente” précise Lacan, à savoir, le signifiant qui y est attaché qui permet de la représenter. Le processus de refoulement s’opère et ne concerne donc que le signifiant. Il peut arriver qu’une motion d’affect ou de sentiment soit perçue mais méconnue, comme dans l’exemple de la dénégation (cf. l’association libre du patient qui parle de son rêve :“vous allez dire qu’il s’agit de ma mère, mais ce n’est pas ma mère”).
Bien que son propre représentant a été refoulé, la motion pulsionnelle est toujours active et est contrainte de se rattacher à une autre représentation, précise Freud. “L’investissement, dans sa fuite, s’est dirigé sur une représentation substitutive qui d’une part était dans un rapport associatif avec la représentation écartée et d’autre part, étant suffisamment éloignée d’elle, permet de ne plus la relier au signifiant de départ. C’est ce qui fait que quand on est angoissé à cause d’une motion pulsionnelle et de sa représentation refoulée, on n’en voit pas la cause. Freud de préciser que “la représentation substitutive joue le rôle d’un contre investissement dans la mesure où elle garantit contre l’émergence dans le conscient de la représentation refoulée” (P. 90). La “clinique du refoulement est toute une construction” (Freud p.92). Le labyrinthe du mythe individuel du névrosé s’illustre entre autre, du réseau labyrinthique des signifiants de l’homme aux rats, de l’oubli du nom “Signorelli”…
« Freud ne s’arrête pas à sa théorie du refoulement névrotique mais cherche comment lire d’autres rapports à l’inconscient que fournit la clinique et qui contredisent, en quelque sorte, son développement. Il s’intéresse à une patiente du Dr Tausk, en début de déclenchement schizophrénique. Sa décompensation suit une dispute amoureuse : elle n’arrive pas à comprendre son amoureux… c’est un hypocrite, un “tourneur d’yeux”. Freud prend le soin de mettre en italique la formulation de la patiente. L’incidence du signifiant opère dans ce cas, sans substitut, sans déplacement, sur l’organe. Ce qui se distingue de ce que Freud appelle la “surdétermination du symptôme de conversion hystérique” dont on a vu tout le labyrinthe et le masquage. Ici, le signifiant passe comme tel dans le réel du corps, s’opère ce que Lacan appelle une “réellisation” du signifiant. »
Epinglage effectué par Sophie Boucquey, participante à la Section clinique de Bruxelles.





