Épinglage - 06/12/2025 cours 3, Hélène Coppens
- sectioncliniquedeb
- 31 déc. 2025
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Hélène Coppens poursuit l’étude du cas de l’Homme aux loups. Elle nous propose d’aborder la perversion, plus spécifiquement le fétichisme en le distinguant de la phobie, deux modes de réponses possibles du sujet face au gouffre de la castration maternelle. En voici quelques extraits :
Les trois structures, névrose, psychose et perversion, sont distinguées par leur mécanisme de défense spécifique contre la castration. Dans la névrose, c’est le refoulement. Dans la psychose, nous retrouvons la forclusion et dans la perversion c’est le déni qui est à l’œuvre. C’est sur fond d’un manque de pénis de la mère que « se révèle la nature du phallus »[1], signifiant du manque qui donnera sa signification au désir. Le sujet fétichiste se divise face à la perception de ce manque.
Lacan parle de la division du sujet comme un nœud se structurant de manière différente selon la manière dont le sujet va se situer face « au gouffre de la castration maternelle ». Confronté à cette réalité, le sujet peut se « remparder d’une phobie »[2] ou bien « il érigera le fétiche, c’est-à-dire l’existence du pénis comme maintenue, quoique déplacée »[3].
Concernant l’Homme aux loups, la phobie est présente sous la forme de la phobie des loups. Nous savons donc que, face à la castration maternelle, le sujet peut se défendre par un symptôme particulier. Ce symptôme peut être la phobie. Elle implique, selon Freud, un refoulement et un déplacement de l’objet de la peur. Cette phobie vient faire rempart contre l’angoisse que provoque la rencontre avec la castration, en transformant l’angoisse en peur localisée sur un objet. L’homme aux loups développe une phobie pour les animaux à la suite de son rêve. Mais, cette phobie, nous explique Hélène Coppens, n’est pas une phobie résolutive comme on pourrait trouver dans le cas du petit Hans. Si elle est une tentative de réponse du sujet contre la jouissance en excès, elle repose sur un mode de la castration différent. Cette phobie ne prend pas le sens d’une métaphore. C’est une phobie sur fond de forclusion.
Elle nous invite à reprendre la première version de la métaphore paternelle de Lacan où « le Nom-du -père vient à la place du désir de la mère ». En termes freudiens, l’interdit porte sur la mère comme objet incestueux. Or, dans la phobie de l’Homme aux loups, celui-ci est identifié à sa mère mais son objet de jouissance est le père. Dès lors, l’objet incestueux ne serait pas la mère, mais bien le père. Ainsi, la tentative de réponse symptomatique à la réalité de la castration par la phobie n’a pas pu se solder par une résolution apaisant l’angoisse qui perdure, contrairement au petit Hans, de structure névrotique.
Par ailleurs, dans le cas de l’Homme aux loups, la question du fétichisme peut également se poser. Notamment à partir de sa compulsion amoureuse. En effet, le fétichisme est un autre type de défense face à la castration maternelle. Le fétiche, lui, « est un substitut de l’objet sexuel, une partie du corps ou objet inanimé »[4]. Il remplace le pénis et voile le manque, le reconnaissant de ce fait. Le fétiche n’est pas l’objet du fantasme ou l’objet du désir mais ce qui permet au sujet de désirer. Lacan mettra en avant dans son Séminaire L’angoisse la valeur du fétiche « condition dont se soutient le désir » (p. 122).
Pour conclure, cette distinction entre phobie et fétiche permet d’épingler que la phobie, comme substitution signifiante, se situe dans le registre symbolique et, comme symptôme, fait fonction de métaphore paternelle s’installant comme substitut du Nom-du- père. Le fétiche quant à lui, se retrouve plutôt du côté de l’axe imaginaire, étant une image voilant l’absence, le rien qu’est l’objet selon l’expression de Lacan[5]. Ainsi, tous deux sont des modes de jouissance particuliers.
Epinglage proposé par Laurie Cornille, participante à la Section clinique de Bruxelles avec la contribution d’Hélène Coppens et Sophie Boucquey.
[1] Lacan J., La science et la vérité, Ecrits, Paris, Seuil, 1966, p. 877.
[2] Id.
[3] Id.
[4] Freud S (1927). Le fétichisme, La vie sexuelle, PUF, Paris, 1999, p.133.
[5] Voir Séminaire La relation d’objet, 1956-1957, p. 132.





