Épinglage - 07/02/2026 cours 3, Valérie Lorette
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Valérie Lorette propose un fil subversif pour poursuivre ce cours : si le cas de L’Homme aux Loups est indiscutablement une psychose, elle propose cependant de suivre le cheminement de Freud qui dresse avec ce texte une véritable théorie du refoulement
Freud justifie le refoulement du cas de l’homme aux loups à partir du rêve. Il distingue 3 temps dans le rêve : Le désir du rêve (satisfaction sexuelle), la compréhension de la castration qui s’accompagne d’un risque de perte de bout de corps et l’angoisse de castration. A propos de la castration, JAM en distingue trois : sur le plan imaginaire, on peut la repérer dans les menaces de la Nania : « On va te la couper si tu continues ». Sur un plan réel elle se manifeste par l’hallucination du doigt coupé et s’accompagne d’une angoisse massive. Enfin, la castration symbolique comme « l’assomption de la castration », c’est celle qui n’a pas lieu dans le cas de L’Homme aux Loups.
L’homme aux loups ne peut rien dire de son rêve, si ce n’est sur un mode descriptif. C’est Freud qui lui interprète son rêve, lui donnant pour valeur la représentation de la scène primitive. Dans ce rêve, comme dans l’hallucination du doigt coupé, « le sujet est absent de l’interprétation » dit Lacan. C’est l’angoisse massive qui prédomine. Cela constitue une différence notable avec les rêves du petit Hans dont les fantasmes et fantaisies sont des élaborations signifiantes, résolutives, pacifiantes, allant du côté d’une solution tempérant l’angoisse.
Valérie Lorette nous explique que chez l’homme aux loups, la satisfaction (liée au temps 1), se transforme en angoisse, non sans la menace touchant à l’intégrité du corps. Cette menace est à prendre au sérieux. En effet, d’une possibilité de la castration,« un cause toujours », elle devient « réelle » par ce rêve. C’est ce qui provoque l’angoisse.
Pour Freud, l’opérateur de ce changement est une image. Celle de la scène primitive. C’est pourquoi il tient à la reconstituer. Pour Lacan, l’image de la scène primitive est un signifiant et c’est précisément ce signifiant qui est opérateur. Ce signifiant, c’est le signifiant de la castration. La castration est ce qui transforme la satisfaction en angoisse. L’opérateur dans le premier temps de l’enseignement de Lacan, c’est le père, le père symbolique mais ensuite, c’est le langage lui-même qui est en place d’agent de la castration.
Dans le cas de L’homme aux loups, nous indique VL, « le refoulement opère en tant que protestation narcissique virile . C’est-à-dire que c’est pour protéger l’intégrité du corps qu’il y a refoulement ». Ainsi, nous attrapons que l’incidence du signifiant sur le vivant du corps concerne chaque être parlant. La « forclusion » de la castration, c’est ce qui se passe quand le sujet n’a pas consenti à l’opération du langage sur le vivant. Lorsque la bejahung, ce consentement fondamental à l’opération du langage, n’a pas opéré. La réalité de la castration « wirklichkheit der Kastration » comme la nomme Freud, prend les allures d’une conviction de la castration dans la psychose. Il s’agit d’une réellisation de la castration. Enfin, l’assomption de la castration atteste du réglage symbolique avec une issue pacificatrice, comme cela se joue pour le petit Hans.
Au moment de la formalisation du cas de l’Homme aux loups, Freud pense que l’angoisse de castration témoigne de la reconnaissance de celle-ci. Il revient plus tard sur cette hypothèse en soutenant que l’angoisse de castration est moteur du refoulement et non une conséquence de ce dernier. En outre, refoulement et forclusion sont deux modes de négations : l’un soutenant la contradiction de deux éléments, leur permettant de coexister ; l’autre la rejetant. Cela témoigne du travail que l’inconscient effectue : nier ce qui a été reconnu. JAM indique que « ce qui apparaît propre à l’inconscient, c’est le refoulement ». La Verwerfung, qui n’admet pas la castration, apparaît comme « un stade » dans l’histoire du refoulement dans le cas de l’Homme aux loups. Cependant, il resterait actif et maintiendrait le rejet de la conviction de la castration.
Par ailleurs, ces deux modes de négation portent sur des instances différentes. Lacan note que le refoulement porte sur la libido, la jouissance et les objets libidinaux. Ce qui est refoulé c’est le « représentant » pulsionnel. La forclusion quant à elle, porte sur le savoir et sur les signifiants. En effet, ce qui est forclos c’est le nom du père, le S1, signifiant maître. Cependant, tout ne se significantise pas. Il reste un «quantum d’affect » que l’on peut loger du côté de l’objet a. Pour refouler un représentant de la pulsion, Freud indique que le moi retire son investissement et libère du déplaisir et ce déplaisir, dit JAM, c’est l’angoisse. Dès lors, l’angoisse comme « symptôme » est le signe et substitut d’une jouissance pulsionnelle non-advenue. Par conséquent, la pulsion continue à se satisfaire sous la forme du déplaisir. Le refoulement et le retour du refoulé se lisent « de manière double » nous explique Valérie Lorette. D’une part sur le versant du signifiant comme un message qui s’articule et d’autre part sur le versant de la jouissance. Le refoulement est corrélatif d’un processus qui concerne « la pulsion » c’est-à-dire une exigence de satisfaction, ce que Lacan nomme jouissance.
Epinglage proposé par Laurie Cornille, participante à la Section clinique de Bruxelles, avec la contribution de Valérie Lorette.
Références :
Miller : La revue de la Cause freudienne 73
Freud : Inhibition, symptôme et angoisse
Freud, L’homme aux loups
Miller : l’esp d’une hallucination




